La pêche au coup : choix du poste

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Avant une partie de pêche, il faut commencer par choisir avec discernement le coin où l’on va lancer sa ligne. Cela peut paraître une évidence ; pourtant, beaucoup de pêcheurs s’installent n’importe où, s’imaginant peut-être que le poisson viendra naturellement à eux. Le choix du poste est plus important lorsqu’on pêche au coup que dans n’importe quelle autre technique, puisqu’on n’a pas ici la possibilité de prospecter systématiquement le poste, comme dans les techniques « ambulatoires » (celles où l’on se déplace sans cesse).

Le choix d’un poste est beaucoup plus difficile qu’on pourrait l’imaginer. Les critères le choix peuvent être fondés sur l’expérience directe, résultant d’une connaissance personnelle des bons coins de pêche, ces postes où l’on a fait récemment de belles prises.

Il est important de souligner le caractère récent de ce type d’expérience, surtout en ce qui concerne les eaux de plaine, où les conditions changent parfois d’une année sur l’autre de façon radicale, par exemple à la suite d’une crue importante, ou d-e -l’édif cation d’un ouvrage (retenue, bief, quai, etc.) sur le cours de la rivière. Il arrive ainsi que tel poste, très poissonneux, ne donne plus rien l’année suivante et impose, au minimum, un changement de technique.

Le caractère saisonnier de certains sites a été clairement démontré: si les résultats se sont avérés, par exemple, meilleurs en mars qu’en août, inutile d’insister pendant l’été; le pêcheur reviendra sur le site l’année suivante au printemps, et cherchera un meilleur poste pour l’été. L’expérience personnelle reste évidemment la meilleure conseillère. Mais on n’a pas toujours pêché depuis des années dans la rivière ou le plan d’eau où l’on veut tremper sa ligne. Lorsqu’on arrive dans un coin o-ù l’on n’a jamais pêché, la première des choses consiste à observer les rives : l’éventuelle concentration des pêcheurs à tel ou tel endroit constitue évidemment une indication sur les postes les plus poissonneux.

Pourtant, l’absence de pêcheurs ne signifie pas automatiquement qu’il n’y a pas de poissons dans la rivière.

Il existe cependant de très nombreux coins poissonneux qui ne sont pas fréquentés parce que beaucoup de pêcheurs optent pour la solution de facilité, qui consiste d’abord à suivre les autres ! Pourtant, celui qui a l’envie et le courage de prospecter la rivière poste par poste réussira certainement à découvrir de nouveaux coins, non fréquentés, et pourtant excellents. Un tel choix consiste souvent, d’abord, à passer une bonne partie de la journée à faire des essais infructueux, jusqu’à ce qu’on trouve le bon coin inconnu de la masse des passionnés.

La « pêche » à l’information, par bouche à oreille, ne fonctionne que lorsqu’on est admis dans le cercle des pêcheurs locaux, ce qui est rarement le cas des vacanciers. Beaucoup de pêcheurs – et on les comprend – préfèrent garder leur secret, et d’autres prennent un grand plaisir à faire circuler les fausses informations. C’est avec une joie sans pareille, partagée par tous les « locaux », qu’ils lancent le horsain sur de faux postes, par le récit de coups mirobolants, qui font les grandes heures des discussions de comptoir.

Mais la malveillance n’est pas toujours en cause : souvent, un coin indiqué comme excellent ne donne rien alors qu’il est réellement très bon, tout simplement parce que le pêcheur suivant n’a pas utilisé la même technique que son « informateur », ou parce qu’il n’a pas pêché à la même heure, ou dans les mêmes conditions météorologiques.

Inutile, cependant de rêver; le coin « fabuleux », s’il existe, ne peut être découvert que par soi-même, en s’armant surtout de patience, et en collectant et en analysant les informations que la nature nous offre.

Le « sens de l’eau »

Après avoir choisi la rivière et avoir localisé le coin à pêcher, il faut trouver le « coup » juste.

La pêche au coup est une technique statique, qui limite à deux ou trois le nombre des déplacements quotidiens, à peu de distance les uns des autres ; il est donc nécessaire de déterminer avec beaucoup d’attention le point de départ de la partie de pêche. On dit souvent que le bon pêcheur est celui qui a le « sens de l’eau », comme le bon jardinier serait celui qui aurait « les doigts verts ». En réalité, il ne s’agit pas d’un sens supplémentaire, mais simplement d’un solide sens de l’observation doublé d’un peu de flair, fruit avant tout de l’expérience.

Avant de sortir le-matériel de sa voiture, notre bon pêcheur, doué de ce « sens de l’eau », observera-attentivement l’eau, son courant, son débit, les caractéristiques de la rive, la présence ou l’absence éventuelle de poissons à la surface; tout cela pour apprécier la situation au moment précis où il se trouve. Ce n’est qu’au terme de ce rapide examen, qu’il décidera ou non de s’installer. Ce n’est pas, bien sûr, du temps perdu, contrairement à ce que pensent les forcenés du bouchon, qui se précipitent souvent pour ne pas perdre une minute de pêche.

Un système empirique, mais pratique, pour évaluer le cours et la circulation du courant, consiste à lancer à l’eau un petit morceau de bois, et à le suivre avec beaucoup d’attention pourvoir où le courant le porte. Le trajet suivi sera le même que celui de la nourriture-portée par l’eau de façon naturelle aux poissons, à la même vitesse et selon les mêmes évolutions.

S’il y a d’autres pêcheurs en place, ne négligez pas de les observer, pour vous inspirer de leur technique… ou tenir compte de leurs erreurs.

Influence du climat

Le facteur saisonnier est aussi à prendre sérieusement en considération, car il influe très sensiblement sur les conditions de pêche. En hiver, les poissons recherchent une température moins rigoureuse dans les profondeurs de la rivière; ils se logent volontiers dans les lents tourbillons remontants qui semblent inverser le courant. C’est là que l’éventuelle nourriture leur est apportée, sans qu’ils aient à bouger. On s’intéressera alors aux courants modérés, alors qu’au printemps et en automne, il vaudra mieux se déplacer un peu plus en amont ou en aval, là où la profondeur diminue et où la vitesse du cours d’eau va croissante. Durant les journées les plus chaudes du printemps et, bien sûr, en été, il est bon de choisir des eaux basses à fort courant, très oxygénées, où il n’est pas rare de voir les poissons gober des insectes en surface.

En hiver, les meilleures zones seront donc celles qui peuvent être atteintes de la rive, à pied sec, depuis des bords hauts ou en surplomb ; au contraire, en été, il faudra se tourner vers des zones peu profondes, permettant d’entrer dans l’eau, où le courant’est vif.

Que l’on pêche en hiver ou en été, l’observation du courant estessentielle, surtout lorsqu’on décide d’amorcer. Il est en effet alors primordial d’apprécier avec précision le sens, le parcours, et la vitesse du courant, mais aussi de déterminer la profondeur de la zone où l’on enverra l’amorce, pour déterminer aussi exactement que possible dans quelles conditions la nourriture arrivera au poisson. Les s mêmes observations devront permettre d’envoyer l’appât en un point déterminé de manière à lui faire suivre le parcours voulu.

Choix et montage de la canne

Le poste étant choisi et le point de départ repéré, on peut maintenant choisir la canne en fonction du lieu où l’on veut pêcher et en tenant compte des conditions spécifiques ambiantes.

On optera pour une canne longue si les fonds sont importants, pour une canne plus courte dans les eaux basses, avec ou sans anneaux, en se rappelant que la canne sans anneaux est en proportion toujours plus longue car elle ne permet pas l’utilisation dune réserve de fil contenue dans le moulinet d’une canne à anneaux.

En régle générale, il est toujours intéressant d’utiliser une canne longue, pour avoir une meilleure maîtrise de la trajectoire de la ligne, un meilleur contrôle du flotteur, et une plus grande rapidité au ferrage. Pour donner un exemple, en hiver, on utilisera une canne avec anneaux de 5/6 m qui correspond à une canne sans anneaux de J/10 m ; en été, on utilisera une canne avec anneaux de 5/6 m qui équivaut à une canne sans anneaux de 7/8 m.

Monter une canne à pêche est simple il suffit de vérifier que l’on a suffisamment d’espace autour de soi pour pou bien l’étendre et, pour celui qui pêche avec une canne à anneaux, aligner parfaitement les anneaux dans le même axe pour éviter que le fil ne fasse des boucles et ne se vrille, lorsqu’il passe dans l’anneau. Il faut faire attention à bloquer les éléments de la canne avec une certaine force, éléments tous télescopiques, afin qu’ils ne rentrent pas d’eux-mêmes au moment le plus crucial.

Il faut ensuite choisir le flotteur adapté au type d’eau: fuselé pour des eaux lentes à courant modéré, arrondi quand la vitesse du courant augmente, et en poire pour les courants agités.

L’idéal est d’arriver sur le lieu de pêche avec un certain nombre de lignes montées et de faire le choix opportun sur place en fonction des conditions d’eau; il est toujours plus confortable et plus précis de procéder à l’étalonnage du flotteur chez soi, et de préparer ainsi différentes lignes montées, adaptées aux types d’eau que l’on rencontrera.

Sondage

On sait combien il est important de bien apprécier la nature du fond, afin de déterminer le parcours dé la bonne « coulée ».

On a vu ce qu’était une sonde et la façon de s’en servir, en la descendant avec soin en tous les points de la partie de rivière qui intéressé le pêcheur. Il faut travailler avec délicatesse, pour ne pas effrayer les poissons par des bruits inopportuns car bien que ceux-ci n’aient pas d’oreilles apparentes, on sait qu’ils perçoivent parfaitement n’importe quel son qui se propage dans l’eau.

L’objectif est d’arriver à ce que le flotteur reste posé correctement à la surface de l’eau, ce qui suppose que l’appât se déplace à la bonne profondeur.

De nombreux sondages sont nécessaires sur toute la zone intéressant la coulée, afin de découvrir d’éventuels creux sur le fond, ou des obstacles et des bosses, lieux généralement les plus fréquentés par les poissons.

La pêche au barbeau (prolifique en mars- offre un bel exemple-de-la nécessité de parfaitement intégrer mentalement le relief du fond. Le barbeau, qui vit souvent en bancs très serrés, stationne toujours aux endroits où le fond connaît un brusque dérochement, ne serait-ce que de quelques centimètres, par rapport à son profil normal.

L e pêcheur qui, grâce à un sondage systématique, réussit à relever la présence de ce genre de dénivelé, aura des résultats nettement supérieurs à ceux d’un autre pêcheur qui, bien qu’équipé d’une même ligne et d’une canne identique, ne pêche cependant pas à la profondeur voulue.

Les spécialistes du barbeau connaissent bien ce phénomène et traquent les bons coins, mais i1 en reste toujours de nouveaux à découvrir, surtout lorsque des crues ont transformé le lit de la rivière. Les berges maçonnées créent des conditions analogues et connaissent donc un intéressant peuplement de barbeaux. Il en est de même au niveau des berges artificielles renforcées de rochers, ou de remblais, endroits où se crée un sillon où les poissons en tous genres sont aussi plus nombreux.

Tous ces renseignements s’obtiennent par des sondages perpendiculaires à la berge de la rivière, c’est-à-dire en allant de celle-ci vers le milieu du lit. Mais il ne faut pas négliger de sonder aussi parallèlement à la berge, toujours dans le rayon d’action de la coulée, pour repérer l’endroit où le fond se relève ou s’abaisse, en sachant qu’en principe les poissons préfèrent toujours les zones les plus basses du lit de la rivière.

Le pêcheur amateur se demande donc toujours où il faut placer le flotteur après tous ces sondages. Dans la pratique, on le réglera sur la profondeur la plus grande, de manière à ce que l’appât « travaille » toujours au bon niveau ; il suffit en effet de faire un léger « retenu » là où le fond remonte, pour éviter que la ligne ne traîne sur le fond.

Tout le génie du bon pêcheur au coup consistera donc à suivre parfaitement le profil du fond.

L’unique cas où l’on peut négliger de faire ce genre de sondage est celui où les poissons se trouvent dans un remous : on peut alors déterminer le fond avec une coulée à vide, sans appât, en plaçant le flotteur à un niveau à peine inférieur à celui signalé par une touche de fond.

Enfin, si l’on veut pêcher dans une zone à courant soutenu, il faudra placer le flotteur à 15 ou 20 cm au-dessus du fond tel qu’il aura été indiqué par la sonde, car la ligne, puisqu’elle reste oblique, devra être plus longue.

Reste au pêcheur à mémoriser le profil du fond sur lequel il travaille le plus souvent, ce qui vient assez vite avec l’expérience. II n’est pas superflu de noter les résultats obtenus par le sondage, pour les interpréter à tête reposée, en les « croisant » avec les informations concrètes que constituent les prises réalisées dans le coin. C’est là un travail finalement très intéressant (bien qu’un peu fastidieux lors du sondage proprement dit), qui valorise considérablement la pêche ; celle-ci, en effet, est rendue beaucoup plus intéressante par le fait que le pêcheur ne travaille plus « en aveugle » mais en percevant avec précision la nature du fond et donc les « rencontres » qu’il a le plus de chances d’y faire.

Amorçage

C’est l’ultime opération avant de commencer la partie de pêche proprement dite. C’est aussi l’une des opérations propres à cette technique de pêche, qui voit le pêcheur rester plus ou moins immobile, à un poste déterminé, et qui le conduit à faire en sorte que ce soient les poissons qui viennent à lui, à l’inverse des autres techniques, comme la mouche ou le lancer, où l’homme se déplace le long des rives à la recherche de sa proie.

L’amorçage a aussi pour but de retenir les poissons sur la zone de la coulée. Il peut se faire avec l’appât qu’on entend utiliser; l’amorce la plus utilisée est donc à base d’asticots, la technique la plus simple consistant à en lancer par poignées, en vrac, à intervalles réguliers en amont du pêcheur, de manière à ce que le courant les transporte là où on effectue la coulée. Pour un maximum d’efficacité, il ne faut pas utiliser’ trop d’asticots à la fois (une quarantaine suffit), à un rythme constant, afin de créer un flux continu de nourriture, pas trop abondant mais aussi presque ininterrompu. Un amorçage abondant et intermittent a en revanche pour effet de rassasier temporairement les poissons qui, de ce fait, ne mordent plus et partent dès que la nourriture est épuisée.

Il faut bien sûr déterminer l’endroit où lancer l’amorce. C’est naturellement toujours en amont et toujours au même endroit.

On comprend facilement ici l’intérêt qu’il y a à déterminer, par le sondage, le profil du fond mais aussi à évaluer la vitesse du courant tout en déterminant le temps que met un asticot, transporté par l’eau, pour rejoindre la zone de la coulée. La conjugaison de ces données permet de déterminer l’endroit où il faudra lancer l’amorce, et évite l’erreur classique qui consiste à lancer l’amorce trop en aval, ce qui a pour effet d’entraîner les poissons au-delà du rayon d’action de la ligne.

L’amorçage avec des asticots en vrac peut être aussi utilisé pour « déplacer » les poissons de quelques mètres en amont ou en aval, lorsque c’est nécessaire.

On utilise la fronde (en fait un gros lancepierres) pour cet amorçage, car la distance nécessaire est difficile à atteindre à la main.

Ce type d’amorçage se fait là où le courant et la profondeur le permettent. Si le courant est rapide et la profondeur importante, des asticots lancés tous ensemble, en vrac, avec la fronde, seraient emportés trop rapidement. De plus, dans certains cas, des obstacles peuvent s’opposer à l’utilisation de la fronde. On a recours alors à d’autres méthodes, parmi lesquelles l’utilisation d’un « agglomérant » auquel les asticots sont mélangés, permettant de réunir une trentaine de larves sous la forme de boulettes qui peuvent ensuite être lancées à l’eau. Ainsi, les asticots peuvent-ils tomber plus loin, et rester plus longtemps dans l’eau. La fronde, dans ce cas, doit être adaptée au lancement de ces boulettes.

Quand le courant est vraiment soutenu, on utilise d’autres moyens pour que l’amorce atteigne le fond à la distance convenable, dits précisément « de fond ». Il existe par exemple de petits filets en métal ou en matériau biodégradable, avec lesquels on peut confectionner une sorte de petit sac. Comme lest, on y met des pierres ou de la terre, avec quelques poignées d’asticots et on ferme le tout. Lancé dans le courant (toujours en amont), le sac se dépose rapidement sur le fond et la force de l’eau fait sortir les asticots petit à petit par les mailles. Ces petits filets fonctionnent bien en été et au printemps, lorsqu’il y a de forts courants, tandis qu’en hiver il arrive que les asticots durcissent à cause du froid.

I1 existe bien d’autres techniques d’amorçage, fondées notamment sur l’utilisation de produits du commerce se présentant sous la forme de farines à humidifier, de pains, de pâte ou de « bouillettes » (des petites boules d’amorce), sans compter les nombreuses recettes « personnelles », fruits d’observations et d’expériences collectives.

Comment pêcher en rivière ?

Des fiches détaillées sur les techniques pour pêcher en rivière. Consultez également des dossiers par espèces de poissons.