La pêche de la truite à la mouche

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La pêche à la mouche est d’abord une pêche d’observation et s’il est tout de même utile de savoir reconnaître une éphémère d’un trichoptère – mais pas de noms latins c’est promis! – le principal secret est de présenter à la truite en activité une mouche qui correspond dans la forme générale et la couleur à ce qui a suscité chez elle le déclenchement de cette activité. Le problème vient du fait que la plupart des insectes qui nous importent ont un développement aquatique avant d’être aérien.
En gros, voilà comment les choses se passent:

Une fois que les insectes femelles ont déposés leurs œufs sur l’eau, ils coulent au fond et éclosent pour donner naissance à des larves qui subissent des séries de mues. Elles remontent alors vers la surface pour prendre leur envol sous forme d’un insecte parfait (l’imago). On peut distinguer 4 grands ordres d’insectes qui intéressent prioritairement le pêcheur de truites par l’importance de leur représentation dans les cours d’eau de nos régions.

Les éphéméroptères (mouche de mai et tous types de mouches à ailes dressées)
Les plécoptères (les perlides)
Les diptères (mouches, moucherons et moustiques)
Les trichoptères (sedges et phryganes)
Les éphéméroptères constituent une source de nourriture importante pour les truites, et cela à tous les stades de leur évolution, même mort (spent). Les trichoptères (nous venons de le voir avec le porte-bois dans le chapitre consacré à la pêche aux esches naturelles) s’abritent dans des fourreaux protecteurs, se transforment en chrysalide puis montent à la surface pour se débarrasser de leur enveloppe (alors appelée exuvie) pour devenir un insecte aux ailes en « toit » (sedge). Les nymphes de plécoptères ressemblent un peu à celles des éphéméroptères mais sans les cerques. L’insecte adulte a des ailes à plat sur l’eau, contrairement à celles de la mouche de mai qui sont dressées. Enfin les diptères (mouches à 2 ailes) sont très nombreux mais toujours de taille moyenne à petite.

Le matériel

Le matériel pour pêcher à la mouche est vraiment spécifique. Canne, moulinet, soie ne sont utilisé, et utilisables, que pour la mouche et la mouche uniquement. Cela implique de les choisir avec un soin particulier.

La canne : Oublions tout de suite le bambou refendu de nos snobs grands-pères pour opter, – une fois de plus me direz-vous -, pour le carbone. La canne de base pour le débutant me semble se situer entre 8 et 9 pieds pour propulser une soie de 5 ou 6. Sans rentrer dans le détail, sachez qu’il existe plusieurs actions dans chaque longueur mais qu’une semi-parabolique devrait parfaitement convenir pour vous faire la main.

La soie : La ligne à mouche est appelée soie parce que dans le passé elle était fabriquée en soie naturelle. Elle joue le double rôle de ligne et de propulseur garce à son profil et son poids. Il est impératif de toujours respecter l’équilibre entre le poids de la ligne (précisé par un numéro) et la puissance de la canne, sinon vous risquez soit de vous fatiguer inutilement soit, pire, de ne même pas pouvoir lancer.

Deux types de profils distinguent les soies: ce que l’on nomme les doubles fuseaux et les fuseaux décalés.

Les différents types de soie
Les doubles fuseaux : elles sont également connues sous le nom de DT (Double taper en Anglais) et mesurent environ 25 mètres. Il s’agit en fait de deux cônes de 12,5m chacun qui facilitent la propulsion. Avantage non négligeable dû à leur symétrie, ces soies peuvent être retournées quand la partie terminale est usée.

Les fuseaux décalés : connues sous le nom de WF (Weight Forward en Anglais), elles sont également constituées de 2 cônes mais la section la plus importante se trouve décalée vers l’avant ce qui permet de lancer plus vite et de mieux contrer l’effet néfaste du vent par exemple. Par contre, elles sont plus délicates à manier que les DT

Le bas de ligne : impossible évidement d’accrocher sa mouche directement sur la soie. Il faut donc utiliser un bas de ligne. Celui-ci est réalisé en « queue de rat », c’est à dire qu’on utilisera des diamètres de nylon de plus en plus fins pour arriver à une partie terminale en 14 ou 12/100. La longueur de ce bas de ligne varie énormément en fonction des conditions de pêche. On peut toutefois considérer qu’il faut qu’il soit court (la longueur de la canne) si il y a du vent ou si l’on opère dans des rivières rapides et tourmentées et plus long (une fois et demi la longueur de la canne) par eau claire ou sur des grands « plats » lisses.
Ces bas de ligne existent sous trois formes: à noeud, tissés ou torsadés. L’absence de noeuds limite les points faibles et les emmêlements.

Les bas de ligne à noeuds ont pourtant ma préférence car ils sont modulables et permettent une plus grande précision.
Enfin, le diamètre en pointe doit toujours être fonction de la taille de la mouche utilisée. Une grosse mouche de mai montée sur 10/100 va vriller le nylon en 2 ou 3 faux lancers seulement.

Le moulinet : il existe des moulinets manuels, serai-automatiques et automatiques. La légèreté est primordiale et, si un manuel fait très bien l’affaire, je lui préfère cependant un serai-automatique qui permet l’enroulement rapide de la soie par une simple pression sur une sorte de gâchette. C’est certes son seul avantage mais c’est bien confortable lorsqu’on pêche des rivières rapides et qu’il faut sans cesse lancer à des distances différentes.

Les accessoires : Quelques accessoires sont spécifiques à la pêche à la mouche:

La boîte de mouches: tout comme la boîte à leurres, elle doit surtout être étanche et suffisamment spacieuse pour recevoir toutes les mouches sans les abîmer.

Une bombe hydrophobe : vendu en aérosol, elle vous permettra d’imperméabiliser votre mouche sèche quand celle-ci aura pris l’eau …ou une truite !
Les mouches : restons simple, nous allons diviser en 2 les différents types de mouches: les artificielles censées imiter les insectes adultes qui pêchent en surface et les noyées (surtout les nymphes) qui imitent larves et nymphes.

a) Les mouches sèches

Les araignées : contrairement à ce que pourrait supposer leur nom ce sont en fait des imitations d’éphémères. On peut les employer toute la saison. Elles sont habituellement montées sur des hameçons n° 12 à 16, de couleur grise, rousse, jaune ou noire.

Les sedges : ce sont des imitations de trichoptères qui éclosent généralement de juin à septembre. De couleur neutre (gris, roux ou crème), ils sont montés sur hameçon n° 10 à 16.

Les palmers : ne ressemblant à aucun insecte en particulier, il s’agit plus d’une imitation d’insecte ailé terrestre tombé accidentellement à l’eau (mouche, abeille etc.). On peut les trouver en 2 ou 3 teintes (gris, roux et/ou noir) sur hameçon n° 12 à 18.

Les « culs de canard » : dans ce cas, il ne s’agit plus d’une imitation d’insecte mais de la nature même du composant principal de la mouche. Ce sont des plumes très légères et imperméabilisée naturellement prélevées sur un croupion de canard qui remplacent les traditionnelles plumes d’un cou de coq (hackle).

Les spents : imitation d’insecte mort, il faut absolument en avoir quelques uns dans sa boîte car lorsque les truites s’en gavent, il y a très peu de chances de les faire changer d’avis.

b) Les mouches noyées

Les nymphes : le pêcheur n’est pas aussi rigoureux que le scientifique et, dans la pêche à la mouche, larve et nymphe ont la même signification. Le pêcheur à la mouche est peut être encore trop « puriste » pour préférer dire « je pêche à la nymphe » plutôt qu’à la « larve »…

On peut les classer en 3 grands groupes:

Les nymphes lestées : ce sont elles les « larves », puisqu’elles évoluent très près du fond, à l’image d’un porte-bois ou d’une petite-bête. Comme leur nom l’indique, elles sont lestées par un enroulement de fil de plomb sur la tige de l’hameçon lors du montage.

Les nymphes « demi-eau » : elles évoluent entre le fond et la surface grâce à un lestage adéquat.

Les nymphes de surface : également appelées émergentes car elles évoluent juste sous la surface, au moment où elles se débarrassent des derniers morceaux de leur enveloppe nymphale.

Les noyées

Elles ne ressemblent à aucun insecte en particulier niais sont censées imiter plutôt de petits crustacés, voire un alevin. Elles sont moins fournies que les mouches sèches, ce qui leur permet de couler.

Le lancer par lui-même

S’il y a quelque chose dans la pêche à la mouche qui effraie le débutant, c’est bien le lancer. Pourtant, à condition d’avoir un professeur suffisament compétent, le geste de base est acquis en 3 ou 4 heures au plus. Vraiment pas de quoi être terrorisé!
Nous allons ici nous contenter de 2 lancers, le vertical et le roulé, qui suffisent amplement pour s’en sortir dans l’immense majorité des conditions rencontrées sur nos rivières.

Le lancer latéral

a) le mouvement arrière

Le lancer latéral comprend en fait 2 phases: le mouvement arrière et le mouvement avant. Même si pour des besoins de clarté, ils sont ici séparés en 2 paragraphes, il faut bien comprendre qu’ils doivent être enchaînés, sans temps mort, lors du lancer.
Commençons par sortir 8m de soie sur un terrain plat si possible en s’assurant que derrière vous, il y a suffisamment de place. A la sortie du moulinet, tenir la soie de la main gauche, la droite tenant elle la canne avec le pouce tendu sur la poignée. Commencer le mouvement avant en levant la canne d’un geste accéléré jusqu’à une position verticale par rapport au corps. Laisser alors à la soie le temps de s’étendre complètement vers l’arrière.

b) Le mouvement avant

Dès que la ligne est bien allongée vers l’arrière, poussez vers l’avant comme si vous vouliez donner un coup de marteau mais sans à-coup. La canne transmet alors toute sa force à la soie. Ce mouvement doit être dégressif en évitant surtout de bloquer le geste brutalement en fin de lancer.

Le lancer roulé

Fréquemment, le pêcheur à la mouche se trouve dans une situation où il lui est impossible d’étendre sa soie vers l’arrière. Il lui faut alors exécuter un lancer dit « roulé ».

On allonge tout d’abord une bonne partie de la soie sui l’eau, sans boucles ni sinuosités, puis on lève la canne lentement à la verticale en la décalant légèrement vers la droite (si vous êtes droitier). Lorsqu’elle est en position « 1 heure », on donne un coup de fouet sec mais continu du bras et du poignet en ramenant la canne en position basse. L’inertie de la soie plaquée sur l’eau la bandera au maximum et lui fera exécuter une grande boucle se déplaçant vivement en roulant sur elle même.

Au bord de l’eau

Tout ce qui précède vous semble certainement un petit peu rébarbatif et ne vous incitera certainement pas à vous lancer dans la pêche à la mouche. Ce n’est pas dans un livre que l’on prend goût à cette pêche mais dans l’eau, en wadders, au milieu des truites en activité. Vous vous souviendrez toujours de vos premiers gobages…

La pêche la plus classique est effectivement de pêcher les truites que l’on voit gober. Ce n’est pourtant pas la plus facile car ces diables de poissons sont alors très sélectifs. Si vous n’avez pas l’imitation adéquate, vous risquez d’enregistrer refus après refus. Nous l’avons vu également, sur une même éspèce, la truite peut fixer toute son attention sur un stade particulier; larve, nymphe en phase montante, nymphe de surface, imago ou insecte mort !

Une fois un gobage repéré, rien ne sert de se précipiter, mieux vaut attendre que le poisson soit parfaitement en confiance en lui laissant le temps de gober à nouveau. Pendant ce temps, on scrute la surface de l’eau et les airs pour essayer de savoir quel type d’insecte semble avoir déclenché cette activité. On s’approche alors lentement et discrètement à une dizaine de mètres du poisson. Au delà, les risques de mal poser la mouche, en dehors du cône de vision de la truite ou, pire, sur elle, sont plus élevés. Quelques faux lancers et l’on pose en douceur, si possible dans le rythme des gobages, et en amont. La dérive de la mouche doit alors être naturelle, ce qui n’est pas évident compte tenu des courants contraires qui déstabilisent la soie. Plus ces courants sont importants, plus on aura intérêt à poser la soie non pas de façon rectiligne mais souple et zigzaguante. En cours de dérive, la soie est récupérée par la main gauche pour éviter un mou néfaste au ferrage. Si l’artificielle est refusée, on relève doucement pour relancer ou essayer un autre modèle. Si la truite « monte », le ferrage intervient, ferme mais souple.

Si il n’y a aucun gobage, on a tout intérêt à opter pour une pêche en mouche noyée ou en nymphe.

La noyée se pratique en 3/4 aval, ligne toujours tendue. On contrôle ainsi parfaitement la dérive, en arc de cercle, ce qui permet de bien présenter la mouche avant la soie.

En nymphe, les choses sont souvent plus complexes car on ne voit rien et il faut tout deviner. La touche n’est pas toujours violente et se traduit souvent par une simple tirée de la soie à laquelle il faut répondre par un ferrage instantané sinon la truite recrache immédiatement l’imitation.

Leurres métalliques, appâts naturels, imitations en poils ou plumes, l’ingéniosité des pêcheurs a trouvé toutes ses applications dans la pêche de la truite. Cela correspond bien entendu à des besoins purement régionaux, – on ne pêche pas un ruisseau de montagne comme une rivière de plaine Normande -, mais également aux mentalités. Chaque type de pêcheur, d’homme devrais-je dire, trouve ce qu’il recherche dans la pêche de la truite. Le sportif, constamment en activité choisira la pêche au lancer (s’il associe cet aspect physique à une certaine finesse ce sera alors l’ultra-léger), le patient, l’observateur, l’amoureux de la nature optera plus pour les esches naturelles. Enfin l’artiste contemplatif pour qui prendre des truites importe moins que la façon de le faire s’orientera vers la mouche artificielle.

Comment pêcher en rivière ?

Des fiches détaillées sur les techniques pour pêcher en rivière. Consultez également des dossiers par espèces de poissons.